1. Il est important de manger le matin
Il est important de comprendre d’où vient cette idée reçue. Il y a de ça très longtemps, le petit-déjeuner n’avait pas la forme qu’on lui donne aujourd’hui. Tel que son nom l’indique, il s’agissait d’une petite quantité de nourriture (petit) afin de casser le jeune (dé-jeuner).
L’importance du petit-déjeuner :
C’est en 1971, qu’apparait pour la première fois l’idée de l’importance du déjeuner dans une publication dans le magazine de santé américain « Good Health » de Lenna F. Cooper. Elle qui préconise un petit déjeuner sain, qui se digère facilement et pour lequel il est important de prendre son temps. Mais à l’époque, « Good Health » appartient au Dr. Kellogg et Lenna F. Cooper est sa protégée.
Il faut aussi comprendre qu’à l’époque, il y a une véritable promotion du «biologic living», qui promeut la consommation de céréales. Et c’est dans ce contexte-là, que le Dr. Kellogg inventera le « Corn Flakes ». Il est donc normal de se questionner sur le conflit d’intérêt de l’article de Lenna F. Cooper, qui invite les Américains à manger particulièrement sainement le matin pour leur santé, et donc des céréales, quand on connait ses liens avec le docteur.
Mais au contraire de l’idée que nous avons aujourd’hui, cet article incitait certes à ce que le petit-déjeuner soit riche en céréale, mais non copieux.
Un repas riche au petit-déjeuner :
Pour cela, il faudra attendre l’intervention de la propagande d’Edward Bernays, véritable père de la propagande moderne politique et d’industrie, le façonneur d’image par excellence. On lui doit par exemple la campagne publicitaire pour « American Tobacco Company » visant à augmenter la vente de cigarettes, en faisant d’elles un symbole de pouvoir pour les femmes.
Mais ce qui nous intéresse ici est la campagne pour « Beech-Nut Packing« , entreprise vendant surtout de la viande, où Edward Bernays est invité à promouvoir la consommation, non pas de céréales, mais d’œufs et de bacon. Il a alors l’idée de surfer sur l’expression à la mode dans les années 20 : « American way of life » (Mode de vie à l’américaine). Cette expression étant associée au concept du « American Dream » (Rêve américain), à la consommation et à la liberté comme on ne peut le vivre qu’aux États-Unis d’Amérique.

Et la solution que trouve Edward Bernays est alors plutôt brillante : pourquoi essayer d’augmenter les quantités de viandes durant la journée, si on peut convaincre l’opinion publique que le repas qui est connu comme le plus important de la journée depuis quelques années, qui est le petit-déjeuner, doit être en réalité le plus riche en protéine et en lipide ? Et pourquoi, par la même occasion, ne pas insinuer que la parfaite incarnation de ce repas pour un américain est le « Egg & Bacon« , en complément de ses pancakes.
Il passe donc commande d’une étude à plusieurs dizaines de médecins chercheurs, spécialisés en nutrition en sachant qu’ils corroboreront cette théorie, puis publie cette « découverte » dans une vaste campagne marketing. Par la suite, Edward Bernays transmettra cette étude à 4 000 médecins dans tout le pays qui feront cette recommandation à leurs patients. En quelques années, le petit-déjeuner copieux deviendra une institution aux États-Unis

Ce qu’il faut retenir :
Tout cela montre qu’il est important, non pas d’écouter les idées reçues, mais de se renseigner en profondeur et de faire très attention aux conflits d’intérêts. Car la promotion de petit-déjeuner très copieux, riches ou/et très sucrés n’a rien de sain. En effet, après une période de jeûne (comme l’est la nuit), l’estomac n’est pas prêt à recevoir une grande quantité de nourriture. Beaucoup d’ailleurs préconise, 30min avant de manger, de boire un verre d’eau chaude pour préparer l’estomac. De plus, le corps doit par la suite, utiliser une grande partie de son énergie pour se mettre en mouvement et une grosse digestion peut donc constituer un gros rempart à cette mise en route le matin.
Mais au-delà de cela, l’ingestion d’une grande quantité de nourriture, souvent sucrée, engendre un pic glycémique violent et donc une stimulation de la production d’insuline. Ce genre de petit-déjeuner a donc pour effet non seulement d’augmenter la faim par la suite (les gens qui ont pris l’habitude de ne pas manger le matin vous diront souvent que la faim vient plus rapidement à 10h quand ils mangent le matin), mais aussi d’augmenter la proportion de nourriture stockée en graisse le reste de la journée… C’est bête non ?
En revanche, il est important de noter que se passer de petit déjeuner n’est pas pour autant bon pour tout le monde. En effet, certaines personnes affaiblies ou prenant difficilement du poids – ce qui révèle pour ces derniers un métabolisme naturellement élevé – ne doivent donc pas sauter de repas. Dès lors, le conseil est de manger léger le matin et de préférence salé, pour ne pas empêcher la bonne mise en route du corps, puis d’alimenter son corps en énergie à midi avec un bon repas copieux et d’enfin, à nouveau manger léger le soir, aux alentours de 18-19h, pour ne pas perturber la bonne mise en sommeil du corps.
2. Il est important de manger de petits encas et de ne sauter aucun repas
Lien avec le métabolisme :
L’idée reçue comme quoi le fait de sauter un repas diminue irrémédiablement le métabolisme a la dent dure. Parfois, et là c’est dramatique, parmi les diététiciens eux-mêmes. (Exemple de deux études parmi d’autres démontrant le contraire : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19943985/, https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8172872/)
Pourtant, imaginons si cela devait réellement être le cas. L’humanité n’aurait pas survécu très longtemps et les longues nuits seraient par ailleurs le plus grand ennemi de notre métabolisme. Mais la réalité est loin de tout cela et le corps est une machine ingénieuse. Il est totalement capable de tenir un jeûne même de 20h sans commencer à s’inquiéter outre mesure.
Face à l’émergence dramatique de l’obésité, plusieurs études en nutrition ont même été menées ces dernières années. Et les résultats vont à l’inverse de l’idée préconçue du grand public : le fait de sauter un repas ne change en rien le métabolisme et répartir les calories sur la journée n’améliore pas la perte de poids. Cependant, le fait de multiplier les prises en mangeant 4 à 5x par jour augmenterait la sensation de faim. Ce qui n’a rien d’étonnant en connaissant l’action de l’insuline, mais qui est pourtant encouragé par les diététiciens qui préconisent aussi les collations de 10 et 16h pour éviter des grignotages supplémentaires trop fréquents.
Et cette activité de l’insuline est très présente parmi la population. Aujourd’hui, lorsqu’on sait que la moyenne d’une journée est de 16h pour un adulte, qu’on mange en moyenne 4x sur une journée et que la glycémie met environ 2 à 3h pour revenir à la normal après un repas, cela induit donc sur le corps une activité de l’insuline d’environ 8 à 12h sur les 16h d’éveil. Ce qui offre peu de moment de répit pour l’organisme.
Les lobbys du Snacking :
Mais cette opinion, comme quoi il y aurait des bienfaits dans le fait de manger des en-cas, fait face à un lobby devenu puissant depuis une trentaine d’années : le « Snacking ». Qu’on veuille bien se l’avouer ou non, bon nombre de nos habitudes sont influencées par le marketing des grandes marques et les en-cas ne font pas exception. Il faut comprendre pour cela que le sel, le sucre blanc et la farine blanche sont des aliments qui ne périme pas vite si on compare cela aux légumes, à la viande ou le poisson. Donc proposer des petits biscuits à grignoter est un très bon investissement pour le portefeuille de ce lobby, mais moins pour la santé des consommateurs, et cela, même si certaines nous vendent des collations plus « saines ».

D’ailleurs, petit commentaire sur le cas des en-cas salés cette fois-ci, qui sont une réelle anomalie dans la nature et qui ont été réellement étudier pour la fringale. En effet, le sel et le gras sont deux choses que l’on trouve naturellement très difficilement dans la nature et qui sont donc très recherché par le cerveau. Et l’anomalie de ce genre d’aliments se retrouve dans le fait qu’il n’existe aucune aliment à la fois très gras et très salé. Pourquoi pensez-vous qu’il soit tellement agréable de rajouter une pointe de sel dans le beurre ou que les fritures en règle générale rendent les choses plus gourmandes ?
Ce qu’il faut retenir :
Mieux vaut éviter d’excéder les 3 repas par jour pour ne pas sur-stimuler la production d’insuline. Et s’il le faut vraiment, essayer d’éviter les goûts sucrés.
En conclusions, nous pouvons nous intéresser aux vieilles traditions, beaucoup moins polluées de conflits d’intérêts. Par exemple les « Yogi » (Ascète hindou qui pratique le yoga) recommandent que chaque repas soit au moins espacé de 8h, afin d’utiliser de temps en temps son énergie, non pas à la digestion (qui demande énormément d’énergie), mais aussi à d’autres choses. Si l’on cumule cela au fait, que selon la tradition ayurvédique (médecine traditionnelle d’origine indienne), il est recommandé que le repas le plus copieux soit pris entre 10-14h afin de respecter le cycle des énergies naturelles en chacun de nous, on voit bien tout cela va à l’encontre de ce que nous vendent les lobbys actuels.

– Une flamme parmi d’autres
